Gestion de portefeuille
 

En quoi la réforme financière américaine vous concerne-t-elle?

Par : Cameron Passmore

Dotés d’un secteur de services financiers parmi les plus solides au monde, les Canadiens ont été en mesure d’observer la récente volatilité de l’économie américaine et d’autres pays d’une distance relativement sûre. Bien que les effets d’entraînement aient eu des répercussions chez nous, les Canadiens n’ont pas eu à subir les traumatismes engendrés par les faillites bancaires, les renflouements majeurs d’entreprises, le taux élevé de faillites et la désintégration de portefeuilles d’investissement.

Avec du recul, nous pouvons mieux cerner les éléments à l’origine de la crise américaine en 2007. La fin de la bulle immobilière, les prêts hypothécaires à risque et la mise en marché par Wall Street de titres adossés aux hypothèques ont conjointement contribué à déstabiliser les marchés. Lorsque le prix des maisons a chuté et que les emprunteurs ont commencé à faire défaut, le système mis en place par les banques et les sociétés d’investissement s’est effondré comme un château de cartes.

Résultat : Le président Barack Obama a proposé une vaste refonte de la réglementation du système financier américain qui rivalise avec la réforme promulguée au lendemain de la Grande Dépression. Les agences de réglementation américaines veulent plus de pouvoir pour leur permettre de suivre de près tous les instruments financiers, des prêts hypothécaires aux produits plus complexes comme les dérivés. Les sociétés de services financiers devront réduire leurs dettes et garder plus d’argent en réserve pour mieux affronter les prochaines tempêtes financières. Le gouvernement américain veut aussi pouvoir saisir les sociétés dont la faillite aurait des conséquences désastreuses sur l’économie, plutôt que de mettre encore en place un plan de sauvetage financé par les contribuables.

Que signifie tout cela pour vous?

Plusieurs investisseurs pensent qu’une débâcle semblable à celle advenue aux États-Unis ne pourrait jamais se produire au Canada. Mais il faut savoir que les systèmes des deux pays tolèrent que les institutions financières mènent à la fois plusieurs types d’activités (par exemple la création de produits financiers et le conseil auprès des investisseurs) ce qui crée des conflits d’intérêt potentiels. 

Récemment, le journaliste Charlie Rose de la chaine PBS interviewait Lloyd Blankfein, chef de la direction et président du conseil d’administration de Goldman Sachs, sur le rôle de sa société dans la crise et sur les poursuites civiles et criminelles auxquelles elle doit faire face. Sans pour autant admettre de culpabilité, Blankfein a toutefois exprimé un certain regret concernant la création de véhicules d’investissement particuliers et la mise en marché de certaines actions en ces termes : «Avec le recul, je souhaiterais que nous n’ayons pas fait quelques-unes de ces choses.»
Les problèmes résultant des conflits d’intérêts ont donné lieu à l’adoption d’un projet de loi présenté par le sénateur Christopher Dodd. La «règle Volcker» vise à imposer des limites aux activités des institutions financières générées pour leur propre compte. Celles-ci représentaient jusqu’à 10 % des bénéfices de certaines sociétés, dont Goldman Sachs. Sans surprise, Blankfein s’est opposé à la «règle Volcker», soutenant que les institutions financières auraient ainsi à «renoncer à des revenus potentiels. »

Ce genre de raisonnement — le rejet de mesures de protection qui réfrènent un tant soit peu les possibilités de faire de l’argent — peut mettre des conseillers et des investisseurs en difficulté. La débâcle financière américaine nous amène à réfléchir et à nous poser certaines questions...  «Est-ce que la société ou l’institution a créé le produit offert ou en a effectué le montage? Est-ce que la société effectue pour son compte des transactions sur les actions ou les fonds proposés? Quels sont les frais imputés à ces produits?»

Une récente étude menée aux États-Unis par la société BlackRock Inc. révèle que près de la moitié (47 %) des investisseurs à hauts revenus détenant des fonds communs de placement croyaient a tort que leurs fonds ne comportaient aucuns frais de gestion. Chercher à savoir de quelle manière votre conseiller et sa société font leur argent est une excellente idée. 

Plusieurs institutions financières, fonds communs de placement et sociétés d’investissement, quel que soit leur pays d’origine, se placent régulièrement dans des situations de conflits d’intérêts. En tant qu’investisseur, vous pouvez atténuer vos risques en vous informant davantage, non seulement sur les produits dans lesquels vous investissez, mais aussi sur qui vous conseille d’investir dans ces produits.

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Cameron Passmore

Gestionnaire de portefeuille
PWL Capital Inc.
Ottawa